On n'est jamais blasé, on ne s'habitue jamais à l'injustice et à la souffance due à la maladie.

Aujourd'hui, je pense à Mme A., une patiente qui a quitté notre service pour aller en soins palliatifs. Nous étions contentes et à la fois inquiètes pour elle. En effet, nous suivions Mme A. depuis plusieurs années, nous nous étions attachées à cette femme courageuse et très discrète. Malgré les chimios, la radiothérapie, des métastases se sont développées à tel point que notre patiente a perdu la vue puis l'ouïe en une semaine. Malgré çà, elle fait toujours preuve d'un grand calme, ne réagissant qu'au toucher. Ne plus s'entendre parler a provoqué aussi des troubles du langage de plus en plus importants : ces propos sont moins intelligibles et on devine plus qu'on ne la comprend réellement. On sait que sa vie se termine (à moins de 60 ans), que notre hôpital n'est pas adapté à ses besoins. Mais la voir enfermée en elle-même est si triste et à la fois si angoissant. Alors nous nous faisons du soucis : comment va-t-elle ? le changement n'a-t-il pas été trop brutal ? Comment son mari et sa fille gèrent-ils ? Seront-ils assez soutenus ?

Aujourd'hui pendant la messe, j'ai prié pour elle, pour eux...