Je ne vais pas faire le coup de "l'infirmière en grève", il est évident que je le suis. Encore plus évident que je suis assignée ce soir et que tellement tout va bien à l'hôpital, on a recours à du personnel payé en heures supplémentaires ou à des étudiants en soins infirmiers pour remplacer ma collègue aide-soignante en arrêt-maladie depuis la semaine dernière.
Ah oui, notre nouvelle directrice doit aussi économiser l'équivalent d'une cinquantaine d'emplois cette année ! Plutôt qu'étaler mes "misérables-états-d'âme-d'infirmière-du-service-public-hospitalier-qui-pleure-la-bouche-pleine-alors -qu'on-est-le-pays-au-monde-le-mieux-préparé-face-à-la-grippe-porcine", je voulais parler du choc que j'ai eu dimanche soir en allant rendre visite à des amis.
En travaillant à l'hôpital, on pense souvent avoir une image représentative de notre société, de l'abandon des personnes âgées, de l'isolement social de plus en plus grand des jeunes gens...
Comme tout le monde, j'entends parler de la crise, je vois des reportages à la télé, je crois vivre la crise.

Dimanche soir, j'ai juste pris une claque en découvrant une mère et sa fille puis un homme quelques mètres plus loin en train de fouiller les poubelles du quartier. Ce n'était visiblement pas des gens cherchant une bonne affaire, un meuble à récupérer, à retaper le jour des encombrants. Non, ils ouvraient les sacs poubelle  à la recherche de quelque chose à manger tout simplement...