Hier, c'était son anniversaire : il a eu 61 ans. Cette année, j'étais bien décidée à l'appeler, à le lui souhaiter. Je ne l'ai pas fait. Pourtant, je m'étais promis d'être plus proche, plus à l'écoute, plus disponible, plus... comme sa fille. Je n'ai pas pu. Parce que j'aurai renié cette souffrance, ce chagrin si bien enfoui dont je ne parle jamais. Ce chagrin de petite fille, qui ne doit surtout pas sortir. J'aurai pu l'appeler, j'aurai dû l'appeler. Mais je ne veux pas faire comme si, comme si toutes ces années n'avaient pas existé, comme s'il n'avait pas été un mauvais père, en tout cas pas celui dont j'avais besoin. Je n'arrive pas à oublier son absence, même s'il m'appelle, lui, pour mon anniversaire ; je ne veux pas lui rendre la pareille. Je sais bien qu'il doit avoir de la peine, je le souhaiterais même. Savoir que nous ne nous parlerons peut-être jamais vraiment, que tout sera toujours dans le non-dit. Faire semblant malgré tout, être proche et lointaine à la fois, en l'appelant dans quelques jours, dans quelques semaines peut-être... J'ai aussi cette photo de famille à lui envoyer ; elle est encore dans sa pochette.
Je suis une fille de divorcés.