S'adapter sans cesse, ne pas avoir de regrets, avancer encore et toujours...
J'étais à la recherche d'une espèce de voyage initiatique alors j'ai pensé au Canada, souvenez-vous.

Malheureusement, il faut que je reporte au printemps 2011 cette découverte car mon père se meurt (je préfère cette expression à "mourant" allez savoir !).
Coup de fil, on encaisse le choc, on cherche à en savoir plus et là, les infos sont claires, limpides, pour l'infirmière que je suis.
Ma 1ère réaction a été d'attendre le coup de fil qui m'annoncerait que... Puis mon frère a eu une phrase, qui a raisonné en moi le lendemain : le voir avant... 3 ans que nous ne nous sommes vus. Si j'étais restée à l'AP-HP, je serai allée en vacances aux Antilles cet été. Apparemment au moment où nous étions à New York, il a été hospitalisé.
Le revoir pour quoi faire ? J'ai passé 10 ans dans un service de cancérologie, ai accompagné des dizaines de patients et leurs familles et là, j'ai eu envie de me défiler, de ne pas y aller, de garder une "belle" image de lui.
Je ne veux pas y aller mais j'irai par acquis de conscience, pour être en paix avec la petite fille de 3 ans qui sommeille encore en moi. Cette petite fille qui a pris quelques sérieuses claques dans sa vie, qui s'est endurcie, que je tiens bien au chaud, l'empêchant de sortir...
J'affronterai cet homme, ce corps décharné altéré par l'alcool, la cigarette et le cancer. Je vais retourner "chez moi", en Guadeloupe, un endroit où je ne suis jamais allée seule. J'ai aussi l'intention d'aller à la rencontre de mon pays, aller à la plage seule, manger tout ce que j'aime, sentir les odeurs, regarder les gens, sans être chaperonnée.
Je serai certainement absente pour mon anniversaire, ce fameux 40è anniversaire que je voulais si spécial (je n'en demandais pas tant !).
Avec Grande fille, nous avons eu une discussion très émouvante (elle a réussi à me tirer des larmes !). J'ai vécu intensément cette 40è année et ce n'est pas un jour qui fera la différence.
Le seul coup de fil de mon père que j'attendais chaque année, c'était ce jour-là. Pour une fois et peut-être la dernière, je lui donnerai la possibilité de me le dire face à face.
D'un autre côté, je sais que quelque chose va changer, que rien ne sera plus comme avant. Comme Petit mari quand il a perdu son père... Cela a été glauque, (ce deuil qu'il porte depuis 4 ans à coups de chemises noires, marrons, marine,etc) et çà l'est encore.
J'espère toutefois que ce sera le point final d'une histoire familiale où l'alcool à tenu la 1ère place, fermant la porte à toute forme de dialogue.