3 ans que je suis en libéral... 3 ans avec des hauts et quelques bas. Je ne suis pas sûre d'être ce genre d'infirmière jusqu'à la fin de ma carrière, mais bon. J'ai encore appris sur la nature humaine, sur la vieillesse au quotidien, sur moi. J'ai changé de partenaire une fois, nous avons eu plusieurs remplaçantes (la perle des perles a émigré au Québec l'an dernier et depuis c'est la cata). J'ai appris le détachement, à mettre à distance. Cet été, j'ai écouté une chronique à la radio sur le "syndrôme du sauveur" et je crois que ce n'est pas par hasard que je suis devenue infirmière, quand on regarde mon parcours familial. Je le sens bien dans mes relations aux autres, que je suis celle qui "sait", celle qui a une solution à tout, qui connait celui qui connait ou qui a déjà fait la recherche et va amener le truc sur un plateau. Alors par moment, cette évidence me saute au nez, je suspens ma parole, je respire, le silence s'installe et j'attends... J'attends la demande, j'essaie de ne plus aller au devant ; si elle ne vient pas je me tais. J'apprends à ne plus aider les gens malgré eux ; j'apprends à respecter leur choix, à ne plus leur imposer mes bonnes idées et je m'aperçois que je suis moins stressée, que j'ai moins d'angoisses. Le monde peut tourner sans moi, cela ne veut pas dire que je n'existe pas ou que je n'ai pas existé, c'est tout. Bien sur, cela renvoie à mon enfance, à la séparation de mes parents, à mon sentiment de culpabilité originel, accentué par mon mari et mes enfants.

Pour en revenir au travail, j'ai compris que je n'ai pas besoin d'être toujours sur le pont pour que çà tourne et je renvoie chacun à ses responsabilités. Un truc tout bête, j'ai appris à éteindre mon portable pro quand je suis de repos et à ne le rallumer que lorsque ma collègue doit m'appeler pour les transmissions. Elle aussi avait pris l'habitude de m'appeler pour tout et rien jusqu'à 10 fois par jour ! Malgré mes avertissements, elle continuait à me laisser des messages sachant que j'allumais mon portable plusieurs fois pour "vérifier". Maintenant il est éteint pour 2 à 5 jours et la dernière fois qu'elle a essayé de me joindre sur mon portable perso, j'ai fait un rappel ferme et définitif. 

Même les patients semblent surpris que j'éprouve le besoin de consacrer presqu'un mi-temps à "autre chose" (mes enfants, ma famille, des loisirs...). J'appelle çà vivre tout simplement car les jours de boulot, je suis en apnée du matin au soir. Je veux prendre le temps, respirer, me poser, lire, marcher, aller au ciné, écouter de la musique, parler avec mes enfants, les regarder vivre, grandir encore...

Il n'y a pas si longtemps, je me sentais presque coupable de ne pas être disponible pour répondre au téléphone pendant mes jours de repos, me laissant envahir par des urgences qui n'en sont pas ; aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Mon temps personnel, je le vis, je ne cours plus après.